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Le DISTRIBUTISME pour la maîtrise de leurs usages par les usagers. |
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salle Jean-Dame 24 Janvier 2010
pour un
front antimonétaire
Le titre de la réunion d’aujourd’hui, et celui du CD dont vous avez entendu des extraits1, nous les devons à une caricature de Pessin, dans un Monde de nov. 2008. Son bonhomme s’interroge : ANTICAPITALISTE, JE VOIS BIEN CE QUE ÇA VEUT DIRE, MAIS C’EST PRO QUOI ?
En règle générale, aujourd’hui, « être anticapitaliste » c’est pour dénoncer les méfaits du capitalisme. Mais après avoir ameuté contre la nocivité du capitalisme, l’anticapitaliste déclaré reconnaît dans un petit coin de sa copie, ou d’une manière implicite, qu’il n’y a pas d’alternative au capitalisme, sauf celle qu’il appelle une alternative, qui reste évidemment du capitalisme, celle d’un capitalisme enfin doux et pacifié, où les méchants exploiteurs et traders seront punis, où on obligera ces gens-là à faire des profits enfin gentils, modérés, verts et tout, avec la pérennité de l’emploi, sans délocalisations ni restructurations.
En réalité, au capitalisme il y une alternative, une seule réelle et autrement réaliste que les accommodements avec le diable. Il n’y a qu’une seule façon de le clouer dans son cercueil. C’est d’abolir les profits monétaires, sans lequel il ne peut vivre.
Cette idée-là s’est répandue en France après la crise de 29. On l’a appelée économie distributive ou distributisme. Pour ceux qui prennent le train en route, ça se résume en trois points : 1. Chiffrer les produits et services qui résultent de notre travail, 2. Faire le total. 3. Distribuer aux usagers. Tout ce qui a été produit peut donc être acheté . On ne devra pas produire plus qu’il ne faut.
J’ai découvert l’intérêt du distributisme à propos du revenu d’existence, à la fin des années 90. On m’avait invité à des discussions à son sujet, pour savoir comment il serait reçu dans les cités. Plutôt bien, j’ai dit, et même très bien, car il va contribuer à pousser encore à l’économie souterraine et les petits artisans aux dépôts de bilan. L’Etat ramassera donc moins de taxes et d’impôts, et votre revenu d’existence il faudra le recalculer à la baisse.
Le revenu d’existence distributiste, lui, est vraiment garanti. Garanti à vie. Les distributistes aiment dire « du berceau à la tombe ». Il est garanti non sur les profits aléatoires, mais sur les richesses que les travailleurs produisent.
En économie distributive, il n’y a plus de problème de chômage, ni de problème de retraites, ni de déficit public, ni d’inflation. Et ce ne sont pas des promesses en l’air. Etudiez la question : ça vaut la peine.
Dans sa forme première, « historique », pourtant, le distributisme n’est pas sans risques. Mais ces risques, franchement exposés dans le CD dont vous avez eu des extraits et tout aussi franchement dans le suivant, De l’Achat à l’Accès, ces risques tiennent principalement à l’usage de la monnaie.
Car la monnaie préconisée par les distributistes historiques est remarquable : elle ne peut pas s’accumuler. Elle ne sert qu’une fois. Elle est donc par nature anticapitaliste. Mais c’est quand même encore une monnaie, qui n’exclut pas les revenus inégaux, colle des prix sur les choses et oblige donc à les voir non plus en toute objectivité, écologiquement, mais à travers des prix.
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Mais la monnaie est-elle encore aujourd’hui nécessaire ?
Les distributistes historiques ne connaissaient qu’elle. Mais voici que les codes-barres, depuis 1980, s’introduisent partout.
Ils permettent de gérer les stocks, les entrées et sorties de marchandises, la vitesse des réapprovisionnements. En temps réel on sait, grâce à eux s’il y a ou s’il n’y a pas, du pain, du riz, des médicaments, s’il y a les ressources pour les produire, si c’est proche ou lointain, et à quelle cadence ça peut se renouveler.
Les codes-barres sont donc en prise directe sur ce qui nous importe avant toute chose : avoir accès aux richesses que nous avons produites, et que cet accès ne nous soit barré, ni par le prix qu’il faut payer, ni, avant même de mettre une production en route, par la perspective des bénéfices qu’il faut en retirer sur un marché concurrentiel et aléatoire, des bénéfices dont il faut agiter la sucette devant les yeux du banquier pour obtenir un peu de crédit.
Entre le CD 2, Vous avez dit anticapitaliste…? et le CD 3, De l’Achat à l’Accès, j’ai beaucoup appris au sujet des possibilités offertes par les codes-barres et plus généralement de ce qu’on appelle « la traçabilité ».
Les entrepreneurs, les commerçants, les bureaux d’études, les chercheurs, tous recourent déjà au chiffrage informatisé.
Les codes-barres sont aujourd’hui intégrés à notre milieu de vie au même titre que le téléphone, la radio, le Net, la contraception, dont les avantages concrets sont tels que nous continuons de les améliorer et de les répandre.
Dans un Spécial Science de La Recherche et du Monde, Déc. 2009, on interviewe le créateur du Net, Tim Berners Lee. Il parle de ce qu’on a appelé le web sémantique, en construction, un web qu’on aurait dû appeler, dit-il, un « Web de données ». Il va tout à fait dans le sens de ce que nous recherchons.
Mais voilà… Dès que vous dites du bien des codes-barres ça provoque des réticences. Je les sens monter dans la salle… et à juste titre. Les progrès de la traçabilité, avec les puces RFID, notamment, font craindre la surveillance policière.
Alors il faut réfléchir. La traçabilité, ça existe. Nous ne reviendrons plus en arrière. Proposez aux commerçants de s’en passer, ils vous font observer que sans elle tout serait trois pour cent plus cher. Tous les produits, pas seulement l’énergie.
Proposez la même chose aux chercheurs, ils se frappent le front : ce serait, pour eux, l’équivalent du retour à l’âge des bougies.
A la surveillance policière nous n’échapperons pas en refusant l’outil qui permet de prendre rigoureusement en compte des données matérielles, mais en abolissant les motifs de nous surveiller, de surveiller si nous risquons de troubler l’ordre économique, si nous risquons de faire partie des gens à qui ça prend de descendre dans la rue réclamer des sous.
Nous n’échapperons au contrôle étatique, à l’ordre moral du libéralisme qu’en donnant à tous des moyens d’accéder aux richesses parce qu’elles sont là, parce que nous les créons et n’avons aucune raison de détruire la planète pour des questions de gros sous.
Nous n’échapperons aux dangers très réels de la traçabilité, des dangers qui montent en puissance, attention, ce n’est qu’un début, nous n’y échapperons qu’en abolissant le plus vite possible le salariat et le contrôle qu’il instaure et donc en vous appropriant la traçabilité, qui permet de faire du partage authentique et non plus du profit.
Ce que je vous prêche là n’est qu’un retournement politique tout classique, comme celui qu’a opéré Marx, par exemple, quand il a compris qu’on n’échappera à l’exploitation patronale qu’en s’emparant de l’outil de production
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parmi les derniers méfaits de l’évaluation monétaire…
Entre les deux CD, les faits ont par ailleurs encore confirmé le bien-fondé de ma conviction écologique et politique au sujet de l’abolition de la monnaie.
Le marché s’empare aujourd’hui des créneaux « vert » et « décroissant ».
Les ampoules basse-tension deviennent obligatoires. Les cellules solaires ont le succès que vous savez… Mais pour les ampoules basse tension, il faut du gallium. Pour les cellules solaires, il faut du sélénium.
Alors les prix s’envolent et certains matériaux atteignent 7000 dollars, quand l’once d’or en est à 900 ! (Le Monde, décembre 2009).
La Chine (id. 2009) restreint ses exportations de matières premières stratégiques et se dépêche de s’emparer des réserves d’autres pays.
Les informations au sujet des quantités et de la renouvelabilité de ces réserves restent secrètes. Le secret entretient la spéculation, la terreur de manquer, la suspicion, la recherche d’armes nouvelles et de systèmes pour pénétrer dans les informations des concurrents.
Certains doutent encore du réchauffement du climat et de la responsabilité des hommes dans ce processus. Admettons que ça se discute.
On ne peut douter, par contre, de la nocivité du chiffrage de toute chose en prix et de soumettre la vie des usagers et de la planète aux profits.
Cette nocivité est prouvée par tous les rapports d’experts, Stieglitz ou Amartya Sen en tête, mais ils ne vont pas jusqu’à abjurer leur religion du Marché ni faire de la peine à ceux qui les financent. Ils continuent donc de chercher des recettes pour faire du capitalisme aimable.
La résistance à l’idée d’abolir la monnaie sera demain jugée aussi stupide que celle qui fut opposée à l’hélio-centrisme, à l’asepsie, aux congés payés, à la sécurité sociale ou la contraception.
Après des années d’alerte écologiste, on s’est enfin, à Kyoto, à Copenhague, accordé sur l’idée qu’il fallait faire quelque chose. Mais quoi ? Quoi d’autre ?
Les incidences de la décroissance matérielle sur la croissance des profits monétaires ont conduit à chiffrer des objectifs « réalistes » que peuvent atteindre les entrepreneurs sans perdre d’argent ni leur situation de concurrence.
Pour les inciter à se montrer plus inventifs, on a déjà créé, il y a quelques années, un marché des droits à polluer.
Osons dire que l’alerte écologique nous distrait. Même fondée, elle distrait de la misère sociale, de la misère des peuples. Ce n’est pas pour des raisons écologiques que des enfants meurent aujourd’hui de faim par millions. Il y a seulement trente ans ces régions avaient encore une relative indépendance économique. Les raisons monétaires l’ont abolie. Haïti, par exemple, satisfaisait 80% de ses besoins alimentaires en 1984. Le FMI passant par là, les Haïtiens n’en satisfont plus que la moitié et doivent acheter leur riz aux Etats-Unis.
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Résumons…
La critique « anticapitaliste » a beau cibler juste, elle maintient dans l’impasse. Elle en vit.
S’engager pour la défense de l’emploi, des exclus, des sans-papiers, sauve des cas mais n’abat pas les causes.
Nos géniales « alternatives » ne pourraient survivre (et souvent même s’inventer) si elles ne se greffaient sur le système.
Notre investissement dans ces bonnes causes, notre générosité, sont toujours à la limite de la collaboration. Considérons-les donc comme une école, une préparation, une préparation à des investissements enfin libres, libérés du profit monétaire, et qui auront alors une tout autre amplitude sociale et écologique.
Et puis, là encore, réfléchissons un peu. Parmi les fausses alternatives : combien de temps va-t-il falloir pour instaurer une mesure comme le revenu d’existence financé sur la redistribution des profits ? Et la taxe Tobin...
Même pour une alternative bien réelle comme celle du revenu garanti tel que le propose le distributisme, combien de temps faudra-t-il pour en convaincre, pour apprendre à se servir de la nouvelle monnaie ?
Alors que les codes-barres ça marche déjà, tout le monde s’en sert, la transition peut se faire en moins d’un mois, plus facile que de passer du franc à l’euro ?
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le but et le moyen
Et maintenant, une fois compris qu’on ne peut sauver ni l’environnement, ni l’indépendance des peuples ni connaître une démocratie digne de ce nom dans un régime qui soumet toute chose à l’évaluation monétaire.
Une fois compris que l’usage de la monnaie est déterminant aussi bien pour la condition humaine que pour la condition planétaire.
Une fois compris que ces deux conditions doivent se traiter ensemble et qu’il n’y a qu’une façon de le faire : abolir la monnaie et avec elle l’ensemble de représentations du monde totalement faussées qu’elle donne aux prisonniers de sa caverne (du coffre-fort, pour parler moderne).
Une fois compris ça et qu’il faut faire vite, l’objectif semble lumineux :
créer un front anti-monétaire !
Rien de commun entre un « front » comme celui-là, un front cent pour cent pour une vie réinventée, et un front « anticapitaliste » pour s’arranger des difficultés, des petits et des gros ennuis du capitalisme, et dont l’imagination, si elle arrive au pouvoir, pourrait bien nous créer un marché des droits à licencier.
Le but n’est pas de rassembler, le temps d’une élection, le maximum de frustrés du système monétarien, des frustrés qui réclament leur part dans la redistribution des profits, la part de gâchis que nous avons appris à confondre avec du gâteau.
Le but est de libérer les capacités et désirs que nous avons de faire utile, beau, humain, de l’obligation de les monnayer.
Et ici faisons bien attention. Attention à ne pas faire l’erreur de continuer dans des oppositions artificielles. Dans tous les milieux, tous, et au gouvernement comme partout, vous rencontrez la même proportion d’usagers fâchés de devoir faire ce qu’il leur faut faire pour survivre dans leur emploi, leur entreprise, pour prolonger un système détestable. Mais que faire d’autre ? Les ratisseurs électoraux jouent précisément du « fait » qu’il n’y a rien d’autre et qu’ils en sont meilleurs connaisseurs que vous pour vous guider dans le labyrinthe économique.
Dix ans durant, pour faire comprendre l’intérêt du distributisme dans sa forme « historique », et donc celui de sa monnaie spéciale, je me suis trouvé, moi aussi, dans la situation d’en savoir plus que les autres dans le labyrinthe monétarien.
Ça augurait mal de la suite…
Aujourd’hui, à peine lancée l’idée de cartes d’accès qui se remplissent au lieu de se vider, on vous dit : mais ça se fait déjà, voyez les cartes de fidélité, pas anonymes du tout, elles, qui calculent des ristournes en proportion de vos achats !
Si vous parlez de création d’entreprise et d’attribution des ressources assistées par ordinateur, de codes prudentiels pour éviter l’épuisement, on vous apporte des arguments qui vont dans ce sens : c’est déjà tout à fait faisable !
Quand vous proposez des choses comme mettre les initiatives en réseau, décider « à l’expérience » et non plus à la majorité, on vous dit : ah si ça pouvait se faire !
Alors pourquoi on ne le ferait pas ?
Une idée décisive !
Où la décision se prendra-t-elle ?
D’abord au niveau du bon sens. Nul besoin d’avoir fait de longues études pour observer qu’user d’une monnaie ne peut aller sans attribuer des prix aux ressources humaines ou naturelles, des prix à partir desquels ces ressources ne peuvent plus avoir d’autre prix que celui du marché, qui peut vous interdire du jour au lendemain d’y accéder. C’est pire que l’arbitraire royal !
Cette idée-là, il suffit de l’énoncer pour unir, unir à la base, tous sur le pont.
C’est une idée aussi forte que « tous les hommes sont nés libres et égaux en droits ».
Au niveau des « décideurs ». Il a fallu leur mettre l’épée du réchauffement climatique dans les reins pour les réunir à Copenhague.
Mais cette épée-là, elle chauffe à quoi ? Elle chauffe aux profits monétaires !!
Alors on pousse à se réunir à nouveau pour les abolir, et en finir avec la guerre économique qui conduit tout droit à la troisième mondiale.
Dans une économie sans monnaie, adieu aux armes ! Vous pourrez enfin vous employer sérieusement au bonheur des espèces, et de l’espèce humaine dans le tas.
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La question, maintenant : ce front anti-monétaire, comment le mettre en marche ?
Quelle logistique ? La suite du programme de la journée va dans le sens des trois points de tout à l’heure :
1° expliquer et soutenir l’idée d’abolir la monnaie. 2° reconsidérer l’inanité des mesures actuelles 3° reconsidérer la portée de nos actions militantes, alternatives, etc.
Mais ça, il faut le communiquer. Comment ? où ? Dans l’aire hexagonale, européenne ou mondiale ? En passant en priorité par les élites ou en s’adressant « aux masses », comme on disait autrefois ?
Je souhaite donc que les questions qui seront posées abordent déjà cette mise en ondes politiques et que nous débattions des actes à venir plutôt que débattre d’idées.
Les deux débats ne s’excluent pas, mais ce sont les projets qui fécondent les idées.
Sans projets, les idées sont stériles.
1.2010
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1 CD Vous avez dit anticapitaliste… ? - abolir les profits monétaires (séquences 2 et 3). Demander son envoi à prosper.dis@wanadoo.fr, audible sur prosperdis.org